Pour aller plus loin dans la compréhension de la notion de « Justice Climatique »
Concrètement à quoi cela correspond ? Que ce soit d’un point de vue global comme local, comment intégrer pleinement la notion de justice climatique dans notre société, à une petite échelle, structurelle ou planétaire ?
☘︎ Prendre en compte les responsabilités historiques:
D’un point de vue global: mesurer notre responsabilité à l’égard des pays du Sud, qu’il s’agisse du réchauffement climatique, de la colonisation, d’esclavage actuel et ancien, lorsque l’on sait que beaucoup d’adultes et même d’enfants sont aujourd’hui envoyés dans des mines, travaillent dans des conditions particulièrement difficiles, d’un point de vue sanitaire (au contact de polluants, etc.), physiques et psychologiques. Le fait que nous exploitons et extrayons leurs ressources primaires (y compris l’eau nécessaire pour l’extraction et la transformation des matières premières).

Au niveau local: sur notre territoire, mesurer notre responsabilité à l’égard du monde paysan et de l’environnement. Prendre conscience de l’implication de l’état et de l’agro-business dans le saccage de l’environnement et l’accaparation des terres, au profit de gros lobbies. Ex: FNSEA et Arnaud Rousseau qui ne sont pas des petits paysans mais des gros lobbies avec des intérêts divergeant du bien commun. L’impossibilité pour les petits paysans de s’installer en raison du manque de terre, des prêts difficilement accordés lorsqu’ils ne sont pas soutenus par les coopératives avec des obligations de s’endetter pour investir dans du matériel hors de prix et d’acheter certains produits phytosanitaires.

Mais aussi la responsabilité historique de ceux qui nous gouvernent, des géants de l’industrie à l’égard de la société toute entière, à maintenir et défendre un système qui broie l’humain façon « temps modernes », particulièrement s’agissant des emplois du CARE, les travailleurs essentiels, travailleuses qui jonglent avec le temps partiels, les éboueurs, les équarisseurs, leur santé mentale, les troubles musculo-squelletiques…
☘︎ Organiser des mécanismes de réparation, de redistribution et de solidarité:
D’un point de vue global : cesser d’exploiter les pays du Sud (matières premières, dont les quotas pêche, l’eau indirecte…), payer nos dettes, être solidaires envers celles et ceux qui arrivent parce qu’ils n’ont pas les moyens de rester chez eux et qu’ils demandent à avoir des conditions de vies décentes, supportables et même agréables, comme celles qu’on trouve en Europe. Parallèlement, œuvrer pour leur permettre de vivre dans leur pays, parce que « abandonner sa terre et les siens », est une décision douloureuse et périlleuse !
D’un point de vue local : Qu’on permette aux jeunes «petits» paysans de s’installer, qu’on encourage le bio, et même qu’on interdise l’agriculture conventionnelle. Donc une redistribution des terres, des contrats solidaires comme en AMAP, qu’on refuse le MERCOSUR, qu’on favorise la souveraineté alimentaire.
Penser intersectionnalité : prendre en compte les femmes – cette moitié de l’humanité – ainsi que les minorités, dans ce qu’elles ont été exploitées, invisibilisées, afin de les protéger, de leur permettre l’émancipation et d’accéder aux mêmes droits.



☘︎ Garantir le respect des droits humains:
Global : refuser de cautionner l’exploitation des êtres humains « hors de notre champ de vision », boycotter, ne plus faire affaire avec les «négriers des temps modernes».
D’un point de vue local : adapter les conditions de travail au changement climatique (ne plus travailler à une certaine température, adapter les effectifs à la charge de travail, …). Augmenter de façon très importantes le salaire des agriculteurs, leur favoriser les emprunts à faible taux, redistribuer les terres (s’oppose à l’openfield et le remembrement rural) …
Augmenter les salaires dans l’enseignement et le médical, particulièrement s’agissant des métiers dits essentiels, comme les agents de services, les aides soignantes, agents d’entretien. Valoriser leurs travail.
Garantir les droits des enfants, c’est rendre concrets des principes souvent proclamés. Cela signifie assurer partout un accès réel à la santé, à l’éducation, à une alimentation suffisante et à un logement digne, tout en les protégeant des violences, des discriminations et de l’exploitation. Cela suppose aussi des services publics présents sur l’ensemble des territoires.
C’est également reconnaître les enfants comme des personnes à part entière : écouter ce qu’ils expriment, leur permettre de prendre part aux décisions qui les touchent, et leur transmettre des informations adaptées à leur âge et à leurs capacités.
Un droit devient réel lorsqu’il est vécu, soutenu par des moyens, et accompagné d’un véritable pouvoir d’agir.

☘︎ Assurer une participation effective des populations les plus concernées aux décisions:
Qu’il s’agisse de conventions, d’assemblées citoyennes, de référendums et même plus globalement de changer le mode scrutin : pourquoi pas sur tirage au sort?
D’un point de vue globale, intégrer les populations concernées par le désastre environnemental (populations amérindiennes, autochtones, …) et cette « minorité de genre », les femmes – cette moitié de l’humanité laissée en marge des décisions qui impactent directement leur vie : les femmes représentent 70 % des populations les plus pauvres dans le monde et sont donc les plus vulnérables face à la crise écologique.
Comme le dénonce Taoufik Vallipuram, lutter contre l’endogamie sociale, c’est-à-dire, donner les droits et la juste représentation aux personnes issues des classes populaires.
Questionner le droit lié à l’espace. Pourquoi un « extrêmement » petit nombre d’humains se sont autorisés à polluer l’espace (Musk, Bezos, …) au détriment des autres êtres vivants…

☘︎ Transformer les structures économiques et politiques qui produisent simultanément exploitation des ressources et inégalités.
Encadrer fortement les entreprises, conditionner les aides publiques, mettre fin aux subventions aux énergies fossiles, renforcer les droits du travail et le contrôle démocratique, investir dans les services publics, la relocalisation, la souveraineté alimentaire et pharmaceutique, les transports collectifs, l’agriculture paysanne, la rénovation des logements, plutôt que dans la croissance carbonée.
Protéger le climat revient à garantir des conditions d’existence dignes, aujourd’hui et demain. Respecter le vivant, ce n’est pas une posture abstraite : c’est préserver l’eau, l’air, les terres, le monde animal, et refuser que certaines paient le prix des profits des autres.
Les droits humains et l’intégrité des écosystèmes sont liés. Abîmer l’un fragilise l’autre. Agir pour le climat, c’est donc défendre à la fois la possibilité d’habiter le monde et la capacité collective à en prendre soin.


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