Je m’appelle Laure, je suis mariée depuis près de 30 ans et mère d’un jeune adulte qui a quitté le nid. Je vis aujourd’hui à la campagne, non loin de Marseille. Un choix de vie mûri depuis longtemps.
Bien que d’origine picarde, la Provence a toujours été mon ancrage. Un territoire que j’aime profondément, pour ses paysages et ses fragilités, mais surtout pour sa diversité et sa culture.

Je suis amapienne depuis une quinzaine d’années.
À l’origine, il ne s’agissait pas d’un choix lié au « mieux manger », mais d’une démarche de justice sociale envers les paysan·nes et de la volonté de soutenir un modèle agricole alternatif à l’agro-industrie, aux produits transformés et aux produits phytosanitaires.
Cet engagement m’a conduite, il y a quelques années, à devenir secrétaire des AMAP de Provence. Cette expérience a renforcé une conviction forte: le modèle des AMAP fait partie des rares dispositifs capables de créer une résilience alimentaire, environnementale, humaine et territoriale. Un lien direct entre paysan·nes et consommateur·ices, une sécurité économique pour les fermes, une sécurité sanitaire pour les terres et la biodiversité, et un réconfort pour les humains.

Dans la vie, je suis facilitatrice en intelligence collective et graphique, et sensibilisatrice aux enjeux de justice climatique.
J’accompagne des collectifs, des associations et des institutions à clarifier leurs objectifs, à rendre visibles les rapports de pouvoir, à remettre du commun là où il s’est parfois rigidifié, et surtout je m’attache à rendre accessibles les enjeux de justice climatique.

Mon engagement au sein des AMAP m’a permis de toucher concrètement les difficultés auxquelles sont aujourd’hui confrontées les associations, en particulier celles liées à l’environnement.

Le vieillissement, le turn-over, les réunions interminables, les appels à projets, les urgences permanentes, la polyvalence, les bricolages faute de moyens, et une énergie militante qui s’épuise à force de colmater plutôt que de penser l’avenir. Comme de nombreuses associations environnementales, les AMAP se retrouvent souvent prises dans une logique d’adaptation permanente, sans espace ni ressources nécessaires pour porter un regard prospectif, stratégique et politique au sens fort.
Je ne me suis pas toujours reconnue dans certains choix, et me suis parfois sentie en marge, en raison d’idées sans doute perçues comme trop progressistes, confrontées à des habitudes bien ancrées de hiérarchie verticale.

C’est depuis cet endroit que je porte un regard aimant, mais exigeant.

Les associations les plus anciennes souffrent souvent :

– d’un manque de renouvellement

– d’une endogamie sociale persistante : une difficulté à faire place à la jeunesse, à la mixité et aux préoccupations contemporaines, notamment sur les questions d’égalité et de légitimité

– d’une forme d’obligation au politiquement correct et d’un défaut de transmission des fondamentaux à l’origine de ce mouvement, souvent ignorés par une partie des adhérent.es

Les associations en général, et particulièrement aujourd’hui, manquent de soutiens logistique et FINANCIERS. Elles voient leurs moyens se réduire tandis que la puissance publique fait la sourde oreille, pire, se retire des terrains d’action.

Ces constats — qui n’engagent que moi et ne sauraient être attribués au réseau des AMAP — ont également nourri ma décision de concevoir AMAPIENNE.
Un espace pour revenir aux bases, les questionner, les actualiser, et les mettre en discussion, sans les édulcorer ni les figer, en y  en proposant des pistes de réflexions issues des sciences sociales et parfois même des neurosciences (mot à la mode).

Et surtout, en tant que femme, je constate que si le modèle est résilient, il demeure largement empreint de patriarcat.

Dans l’économie sociale et solidaire, 65 % des personnes engagées sont des femmes. (Chiffres de l’INSEE)
Au sein des AMAP, ce sont encore trop souvent elles qui tiennent les contrats, organisent, cuisinent, animent et prennent soin du collectif… et pourtant, leur travail reste largement invisibilisé, peu reconnu et rarement politisé.

Je propose d’interroger ce que signifie une société en décarbonation lorsqu’elle repose encore trop souvent sur le travail gratuit ou essentialisé des femmes.
Pour alerter sur le risque d’un retour en arrière, sous couvert d’écologie, avec perte d’autonomie, injonction au care et naturalisation des rôles.

AMAPIENNE n’est pas un espace de rejet.
C’est un espace d’expérimentation, de prospection et, pourquoi pas, de transformation.

Comment soutenir et faire évoluer les AMAP — et plus largement l’écologie organisée — afin qu’elles soient réellement à la hauteur des enjeux climatiques, des enjeux de justice sociale et de genre, sans sacrifier ni les territoires, ni celles et ceux qui les font vivre ?

 

 

À propos de Lou-Anne qui m’a aidée à la réalisation du sondage :

Facilitatrice – chercheuse en sciences sociales Spécialisée dans les inégalités

Lou-Anne articule pratique de terrain, engagement politique et recherche-action.

Formée à la facilitation au sein de collectifs écologistes puis par l’association Fertîles, elle anime depuis plusieurs années des espaces de travail collectif – militants, associatifs ou citoyens – en présentiel comme à distance. Elle conçoit et facilite des temps pensés pour être inclusifs, efficaces et sécurisants, avec une attention constante portée à l’égalité des prises de parole, aux dynamiques de pouvoir et à la qualité de l’écoute.

Sa posture s’appuie sur les outils de l’éducation populaire, de la communication non violente et de l’animation inclusive, nourrie à la fois par son parcours universitaire (géographie sociale, rapports de domination) et par son vécu du sexisme et des violences de classe. Elle intervient également dans la formation et la mobilisation militante, notamment lors de la campagne des élections législatives de 2024 et au sein du mouvement citoyen Victoires Populaires.

Animatrice de la Fresque des Résistances, elle propose des ateliers d’analyse critique des systèmes d’oppression et des formes de résistance, à destination de collectifs militants, d’étudiant·es et du grand public. Elle est également formée à la Fresque du sexisme.

Enfin, titulaire d’un master de recherche en géographie sociale, elle développe une pratique de recherche-action au service des associations, notamment autour des pratiques et des dynamiques internes des AMAP, en lien avec le projet Amapienne.